Itinéraire

Racines (1968-1986)

J’ai été élevée dans les Hautes Pyrénées par une famille issue du Sud Ouest de la France et passée quelques années par la Tunisie, et par ailleurs échappée d’Alsace et du Nord en 1940. Je portais donc mon nom flamand avec un bel accent du midi. De ce mélange de sons et de saveurs cultivé sur les pentes pyrénéennes ou dans les champs de blé et de colza du Tarn, j’ai peut-être acquis une intense curiosité, mêlée d’une empathie génétique et d’un sens du questionnement précieusement hérités d’un grand-père et d’une mère médecins jusqu’au bout d’eux-mêmes. De bons ingrédients pour désirer, parcourir, interroger, partager, en somme, faire des films.


“Humanités” (1986-1992)

Hypokhâgne et khâgne furent deux années d’une intensité unique, autant du point de vue de l’enseignement pointu, à jamais essentiel et précieux, que de la sourde violence de ce dernier (comme en témoignera mon premier documentaire long-métrage). Après cette traversée agitée,  j’ai repris un rythme de croisière heureux à la faculté de Lettres de Toulouse où j’ai réaccordé mes passions et fait, en somme, mes « humanités » en alliant lettres et médecine avec notamment un DEA de Lettres Modernes sur la littérature du SIDA. Puis, entre deux Mémoires, je séjournais dans diverses rédactions parisiennes, voyageais d’Ouest en Est avec stylo et appareil photo. Mes tribulations m’ont ainsi menée de la Pologne au Cambodge, du stylo à la caméra…


Premier film tourné au Cambodge, un virage (1992)

(Sélection concours Rouletabille 1992)

Après un premier été (1991) de reportages en freelance dans les camps de réfugiés cambodgiens sur la frontière thaïlandaise et dans les zones en guerre du Nord-Ouest du pays, je voulais – après la signature des Accords de Paix de Paris –  revenir en 1992 pour raconter le retour de ce peuple mystérieux et meurtri dans son petit pays pris en tenailles dans un imbroglio géopolitique, truffés de mines et de fantômes.

J’ai soumis mon projet à la première édition du concours de reporters « Rouletabille », créé par l’ École des Mines d’Albi,  un « producteur » improbable… La condition était de réaliser un film… Pourquoi pas…

Ce concours et ce film ont décidé de mon destin. Ce premier tournage en électron libre et sans filet sur les terres rouges et rougies du pays Khmer, avec la responsabilité et la vocation de raconter une histoire si chargée, fut un véritable baptême du feu, de ces expériences qui révolutionnent une vie. Je n’oublierai jamais ce matin à l’aéroport Charles de Gaulle, où, étonnée d’être finalement toujours en vie, plus que jamais,  j’ai décidé de ne pas commencer ma thèse de littérature et de faire des films. C’est aussi là que j’ai donné un titre à cette aventure : « Les sacs Bleus » (surnom équivoque donné aux rapatriés évoquant le bleu de l’ONU). Cette expression m’avait été été glissée la veille à Bangkok par la princesse Marie, épouse du prince Ranaridh, fils aîné du roi Sihanouk.


L’école de « Point du Jour » (1993-1996)

Un nom de maison de productions glané dans un journal de programmes de télévision : « Point du Jour », à Paris. Les Sacs Bleus sous le bras, tel un diplôme, je monte donc « à la capitale » selon l’expression provinciale et surtout l’implicite diktat national.  J’ai eu la chance  de démarrer et apprendre les bases de mon métier dans cette belle maison de productions, ouverte, foisonnante, et engagée. Réalisant moult sujets courts pendant 3 ans pour plusieurs émissions, j’ai obtenu là ma carte de presse. Ce furent des années fondatrices et, en somme une véritable école de terrain. J’étais alors prête pour écrire mon premier projet de documentaire et tenir ainsi un engagement de jeunesse et d’auteur.


L’Année du Concours (75’ – Canal +)
Passage du journalisme au cinéma documentaire (1996-1998)

(Sélection Vue sur les Docs-Fid Marseille catégorie Écrans Premiers 1998)

– « Pourquoi ne m’aviez-vous pas dit que vous étiez cinéaste? » me demande un éminent professeur de la Khâgne du Lycée Henri IV à la fin de l’interview qu’il avait fini par me concéder au bout de 9 mois de tournage.

– « Parce que vous venez de me l’apprendre » ai-je répondu, étonnée de ne pas hésiter.

La Khâgne (2ème année de classe préparatoire littéraire aux grandes écoles). À 20 ans je m’étais promis de raconter, d’une façon ou d’une autre, cette histoire. Ce film, production au long cours, catharsis, passage initiatique, mais aussi film très bien reçu par la Critique et les téléspectateurs, a marqué mon entrée dans le documentaire. Et comme la loi française est ainsi faite j’ai renoncé à ma carte de presse pour rejoindre les Intermittents du Spectacle.

Autres documentaires pour la télévision (1999-2001)

L’Année du Concours a été suivie d’une série de films de 52 minutes écrits et réalisés pour France Télévision (Va mourir ! (France 2), Le rêve de Lucie (France 2) et Atout Cœur (France 3)). Exercice sur la brèche riche et passionnant que de marier ma vision avec celle d’un diffuseur et d’un producteur, sans jamais oublier le film.


Semi parenthèse parentale (2002-2008)

Décision risquée, certes, mais essentielle de mon point de vue : faire un enfant et donc ralentir, ou plutôt modifier, mon rythme de travail. C’est ainsi qu’en élevant ma fille, j’ai réalisé des formats plus courts (plusieurs films de 26 minutes en Langue des Signes pour France 5), enseigné, et écrit et partiellement filmé plusieurs projets de documentaires long-métrage autour des questions de l’art et de la médecine. Cette période particulièrement libre riche et instructive m’a amenée à réaliser à nouveau des documentaires, mais dans le domaine institutionnel.


« Documentaires Institutionnels » (2008-2017)

« On recherche ce que vous avez fait pour la télévision, mais pour nous. » C’est ainsi que j’ai entre autres réalisé Handicap, fragments d’un discours (48′) pour le Ministère de la Justice, puis Guérir le Regard (60′) pour l’Institut Curie, ainsi qu’un web-documentaire- guerirleregard.fr-.   Ces films sont encore très inhabituels dans le domaine institutionnel car ils sont écrits et réalisés comme des documentaires. J’ai bénéficié d’une totale liberté de travail qui m’a permis d’aboutir mon intention et de rencontrer l’enthousiasme et le vif intérêt du public et des Jurys de festival.  Guérir le Regard a reçu plusieurs récompenses en 2015 (Prix coup de cœur du Jury  du festival Films and Companies, Grand Prix du Festival Les Entretiens de Bichat, Prix du Jury du WebProgram Festival International (Catégorie Web-Institutionnel) et Premier Prix du Festival « Imagésanté » 2016 (Catégorie Pathologies et Traitements). Il fut également en sélection pour le Prix Scam de l’œuvre Institutionnelle, Le web documentaire (guerirleregard.fr) a lui fait l’objet de plusieurs sélections.